Naoufal Behkane : « Devenir coach me permet de prolonger ma carrière dans le monde du football » 

Débarqué en 2023 sur le Grand-Duché depuis Bruxelles, Naoufal Behkane a pris la tête des équipes U19 et U23 (réserve) de la Jeunesse d’Esch. Résultats après une saison de travail : deux titres de champion dans chacune des catégories (U19 Classe 2 – 2e district et Réserve Classe 2 – 2e district). Nous sommes allés à la rencontre de cet ancien footballeur, animateur sportif, personal trainer et désormais coach à qui tout sourit. Portrait d’un couteau suisse (hispano-belgo-marocain) qui fait les beaux jours d’Esch.

Est-ce que tu pourrais te présenter et nous parler de ton parcours ?

J’ai 28 ans et j’ai toujours été un grand passionné de sport et particulièrement de football. J’ai été formé en Espagne (Catalogne) avant de venir en Belgique et de finir ma formation dans des clubs bruxellois. J’ai pu intégrer des équipes premières en D3, en P1 à Bruxelles et en Flandre. J’ai dû faire beaucoup de sacrifices pour pouvoir signer en division 1. Malheureusement mes 3 grosses opérations m’ont fait repartir de 0, à chaque fois.

Serial buteur de la Royale Jeunesse Freylangeoise en P1 Luxembourg (division provinciale en Belgique), tu étais encore récemment de l’autre côté de la ligne de touche. Comment s’est faite la transition pour passer sur le banc ?

Passer de joueur à coach est une transition courante dans le football et je l’ai fait pour plusieurs raisons. Mais surtout la passion et l’amour de ce sport. La carrière d’un joueur est souvent courte et devenir coach m’a permis de prolonger ma carrière dans le football.

Comment as-tu mis à profit ton expérience de joueur dans ton nouveau rôle à la Jeunesse d’Esch ?

Mon expérience en tant que joueur m’a permis d’accumuler une grande connaissance tactique et technique que je peux transmettre aux futures générations. Et j’ai eu l’opportunité de commencer très tôt à coacher, dès l’âge de 18 ans. Me lancer dans les formations UEFA était un défi pour moi.

Quel est ton meilleur et ton pire souvenir dans le football ?

Mon pire souvenir a été au Maroc, deux jours avant de signer mon contrat professionnel, je me suis cassé le péroné pendant un entraînement. Cet incident a non seulement mis fin à mes rêves de devenir joueur pro, mais il m’a également poussé à redéfinir mes projets. Récemment, mon meilleur souvenir en tant que coach cette fois-ci a été de remporter le titre avec les équipes U19 et U23. Ces victoires ont été le fruit d’un travail acharné et d’une véritable cohésion d’équipe, rendant ces moments particulièrement mémorables et gratifiants ; surtout qu’il s’agit de mes deux premiers titres en tant que coach.

Ton parcours a été ponctué par plusieurs blessures. Ces épreuves t’ont donné du temps pour te former.

Je voulais revenir plus vite sur le terrain alors pendant ma rééducation, je lisais énormément, pendant des heures et je n’ai jamais voulu m’arrêter. Involontairement, mon entourage me demandait des conseils sur les méthodes d’entraînement, de progression et de fil en aiguille, j’ai commencé à proposer des entraînements personnalisés (renforcement musculaire, remise en forme et des entraînements spécifiques foot). Et en même temps, j’ai commencé à suivre des formations de fitness traîner, personal trainer, Animateur Sportif et sans oublier les diplômes UEFA C, Brevet B, et UEFA B. Je me suis formé sur mon temps « libre ».

« Je voulais revenir plus vite sur le terrain alors pendant ma rééducation, je lisais énormément, pendant des heures et je n’ai jamais voulu m’arrêter. »

Tu as été nommé entraîneur des équipes U19 et U23 (réserve) de la Jeunesse d’Esch en été 2023. Le groupe a l’air soudé, et ça se ressent sur le terrain. Comment s’est faite la construction de l’effectif en début de saison ?

Nous avons conservé les joueurs de la saison dernière et fait monter quelques U17, prêts à jouer en U19 et en réserve. J’ai misé sur la solidarité, le travail d’équipe et le collectif. Si ces critères ne sont pas respectés, le projet pourrait être abandonné. En général, cela a bien fonctionné, car nous étions un noyau de 25 joueurs, et je suis très satisfait de l’implication de chacun.

C’est un avantage d’entraîner à la fois les U19 et les U23 dans un même groupe ?

Je trouve que c’est bien oui, mais le seul inconvénient est d’avoir entre 25 et 30 joueurs à l’entraînement, ce n’est pas évident quand on veut donner des séances de qualité tout en gardant de l’intensité. Mais ça m’a permis de sortir de ma zone de confort et de trouver des nouvelles méthodes de travail.

Certains joueurs de l’effectif ont joué les deux championnats cette saison, U19 et réserves, avec un rythme de deux matchs par semaine. Réussir une saison à plus de 50 matchs à seulement 18 ans, c’est impressionnant ! Comment est-ce que le staff a géré la préparation physique et athlétique de ces jeunes ?

Honnêtement, on a fait une véritable préparation physique et un suivi assez approfondi des joueurs en monitorant la masse musculaire, graisseuse, ainsi que les statistiques GPS de chacun. Et d’ailleurs ce sont les joueurs les plus sérieux qui ont atteint les 40 à 50 matchs joués, comme quoi il n’y pas de secret.

Pendant le match scellant le titre des U19 (victoire 9-1 contre l’entente Mondorf/Schengen U19) l’équipe a joué en 3-4-3, avec des pistons très sollicités sur les couloirs et une équipe qui pressait haut sur le terrain. Est-ce que c’est ton style de jeu privilégié ou est-ce que tu changes de système selon les matchs ?

Je ne vais pas tout dévoiler concernant notre stratégie (rires). Pour le style de jeu cette année, nous avons joué avec trois défenseurs et des pistons assez endurants, car j’ai eu la possibilité de le faire. Cela dit, jouer avec quatre défenseurs ne me dérange pas. Nous utilisons plusieurs types de pressing et essayons toujours d’imposer notre tempo durant les matchs.

« Ce sont les joueurs les plus sérieux qui ont atteint les 40 à 50 matchs joués, comme quoi il n’y pas de secret. »

L’AS Jeunesse d’Esch est un des rares clubs à avoir doté ses équipes jeunes de balises GPS. Quelle place occupe la technologie dans ton travail ?

Nous disposons des GPS, Veo (dispositif d’enregistrement vidéo des matchs), ainsi que d’analyses et statistiques sur chaque joueur, ce qui nous a permis de mettre en place un suivi approfondi. Je fais partie de la nouvelle génération de coachs, la « nouvelle école » comme on dit, et je mise beaucoup sur ces outils. Sami Holbach, notre analyste DATA, fait un travail excellent et apporte énormément à l’équipe, tout comme mon adjoint Gabriel Kratz et notre délégué Monsieur Jeannot. On a de la chance d’avoir un staff jeune aussi impliqué.

Avec un titre de champion en U19 et en réserve, le carton est plein. Ça faisait partie des objectifs de départ du club de gagner les deux championnats ?

Cela faisait partie des objectifs de départ, effectivement. Après, c’était un vrai challenge de gérer deux équipes avec un effectif réduit. Nous avons donc misé sur une préparation d’avant-saison stricte pour que tout le monde soit prêt et pour éviter les blessures. En plus du monitoring des données physiques et athlétiques tout au long de la saison. Quand je vois l’implication de mes joueurs, je pense que ces deux titres sont mérités et dans la logique des choses.

Marc Theisen, président de la Jeunesse d’Esch et Claude Kremer, président de la commission des Jeunes sont très actifs au club !

Le Président a un emploi du temps très chargé et nous n’avons pas beaucoup de contact, mais je sais que je peux compter sur lui. En revanche, avec monsieur Kremer, nous échangeons régulièrement et nous travaillons en bonne intelligence pour assurer le bon déroulement de la saison.

Quels sont tes projets pour la saison à venir ?

Je me suis engagée avec l’US Hostert en tant qu’entraîneur adjoint de l’équipe Fanion. Le club a tout juste été promu en BGL Ligue, ce sera une première expérience pour moi à cet échelon. Ça va me permettre de préparer au mieux l’obtention de la licence UEFA A. Ça va être une saison pleine de challenges !

Sumaia Bartali

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